Un gars, une fille – Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chokri) pour être précis – tombent un beau jour sous le charme de Nicolas (Niels Schneider), un nouveau venu de la campagne. S’ensuit un duel sournois entre les deux amis, qui est entretenu par le bellâtre en question.
Dans Les amours imaginaires, deuxième film de Xavier Dolan, tout tourne autour de ces indices qui laissent croire que, de ces gestes qui invitent à, de ces propos et invitations ambigus, de ce non-dit qui mêle souvent les cartes sentimentales.
À l’instar de Francis et Marie face à Nicolas, on est vite conquis par la beauté de la comédie dramatique. La facture visuelle bariolée et léchée ébouriffe par sa panoplie d’effets stylisés : ralentis appuyés par la très lascive Bang bang de Dalida, caméra nerveuse, zooms frénétiques, ambiance sonore qui supplante parfois l’image. C’est même Dolan qui a choisi avec beaucoup d’adresse les costumes du film, balançant entre le vintage et le style hipster. Esthétiquement, donc, tout est parfait.
Au-delà du «physique», on est émerveillé par le ton pince-sans-rire des protagonistes, leurs dialogues mordants et les apartés d’inconnus qui entrecoupent le récit. Ces derniers racontent d’un naturel désarmant les aléas de leurs propres amours imaginaires. Juste pour la fille blasée aux lunettes, ça vaut le détour.
Parlant de jeu d’acteur, Monia Chokri, qui ressemble curieusement à Marie-Thérèse Fortin et à Geneviève Rochette, se démarque en nappant son élégance d’une couche de névrose. Xavier Dolan surprend aussi en jouant plus en subtilité que dans son premier long-métrage J’ai tué ma mère. D’ailleurs, Anne Dorval, qui interprète ici la mère-strip-teaseuse-trash-à-la-diphtongue-prononcée de Nicolas, excelle encore une fois à ses côtés.
Le nouveau prodige du cinéma québécois confirme son talent avec cette histoire d’amour «jeune». Jeune et non pas de jeune adulte, comme il l’a précisé hier lors de la première du film à Québec, au cinéma Le Clap. «J’ai fait un film avec une génération et non sur une génération», a-t-il précisé. Parce que cet amour naïf davantage tourné vers le concept que la personne se vit autant à 21 ans qu’à l’aube de la cinquantaine.
À défaut de discerner les réelles intentions de Nicolas, il devient toutefois clair que Les amours imaginaires émane d’un raffinement avivé et d’une plus grande maturité que J’ai tué ma mère. Même si, au départ, on n’apprécie ni les fondus au noir qui cassent le rythme ni le jeu de Niels Schneider.
N’empêche, la grande qualité de ce film (tourné après que son autre projet Laurence Anyways ait été mis sur la glace), c’est de ne pas donner tout cru dans le bec du spectateur. Les images suffisent souvent à elles-mêmes. C’est ce qui lui confère un charme inouï et qui ne le confine pas à la simple comédie romantique prévisible et ordinaire. Love.
»»Le film sort en salle le 11 juin prochain, un peu partout au Québec.
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